En route vers le désert… Jour 3

En route vers le désert…
Séjour culturel et citoyen à Beni Abbes


De bon matin, Hamou de Hillal Essaoura vient nous chercher, il nous conduit dans le Ksar pour qu’on puisse répéter. Nous avons traduit et préparé deux contes écrits par Mohamed Dib : L’hippopotame qui se trouvait vilain et le Chat qui boude, et nous avons choisi la chanson Raoui de Souad Massi comme interlude. Les enfants de Hillal Essaoura (entre 8 et 14 ans) arrivent vers les coups de 11H30 accompagnés de Rabia. Ils s’assoient, ils ont l’air perplexes et un peu ennuyés. Notre spectacle commence par un accord de la guitare d’Abdelkrim, les voix de Hanaa, Hind, Zakaria et Nihal s’entremêlent pour apaiser et préparer les esprits de nos spectateurs. S’en suit Le chat qui boude. Amel, Amina et Ryhem jouent les narratrices et Nabil campe le rôle du félin vexé. Les enfants commencent à sourire, puis des rires surgissent ; la connexion est établie. La transition est assurée par notre chorale qui permet à la première équipe de sortir et à la seconde de s’installer. Selma et Zaki guident les mots par leur narration, Hadi est Le sorcier, Nadir joue L’hippopotame et Farah La maman. Notre public semble s’amuser et même effrayé par El Hadi qui est plus que crédible dans le rôle d’un sorcier exacerbé par le petit hippopotame. Il confiera plus tard : « le regard des enfants m’a fait oublier mon stress et m’a poussé à me donner à fond ».
Hichem clôture notre prestation en animant un échange avec les enfants qui, vu leur réactions, ont bien suivi les histoires offertes. « Un message a été transmis » ressent Nadir. Mais le spectacle est loin d’être fini : c’est autour des enfants de Hillal Essaoura de nous jouer leur comédie sur le décrochement scolaire – et la scénette proposée est loin d’être du travail d’amateur. Nous sommes conquis.
La tribu nouvellement constituée arpente les venelles du Ksar et de la palmeraie – en produisant beaucoup de son à l’aide de bendir et de clappement de main, pour aller se poser sous un arbre à Tanefsout. Les chants continuent, jusqu’à ce que Lahcen demande aux enfants de nous faire une démonstration d’El Meya. Réduire El Meya à des chants serait faire l’erreur d’une personne qui regarde sans voir. C’est une performance ancestrale complexe avec ses codes et ses signes. Une rangée de filles fait face à celle des garçons et des rengaines sont bercées par un mouvement de masse ondulatoire. Inattendue suite à ce rituel séculaire, une sympathique battle de rap démarre grâce à Mohamed. Selma remarque que les enfants ont tout fait pour nous mettre à l’aise. « Sous cet arbre, nous ne formons qu’un seul groupe de gens » conclut Amina.
Après un déjeuner succulent à la piscine, on se dirige vers le siège de l’Association de Hillal Essaoura où nous attend une fresque monumentale et nous sommes invités à y laisser notre patte. « Théâtre, chant, danse, peinture : j’ai essayé toutes les formes d’expression aujourd’hui, s’exclama Hanaa, Je me sens vidée, je me sens toute légère ». Entre-temps, Hamou, Rabia et Lahcen nous présentent les différentes activités et ateliers qui sont destinés aux enfants : théâtre, musique, travaux manuels, mais ce qui nous impressionnera le plus sera l’atelier d’El Meya animé par Lahcen qui, dans une certaine mesure, assure la transmission de ce patrimoine immatériel de Beni Abbes à la nouvelle génération, quand parfois, les anciens modes de transmission sont en panne.
Hamou et Khelifa nous conduisent aux dunes de Beni Abbes, histoire de clôturer avec magie cette journée inoubliable…

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