En route vers le désert… Jour 6

En route vers le désert…
Séjour culturel et citoyen à Beni Abbes


C’est le jour du départ. Nous chargeons la soute du bus de nos cabas, mais ce n’est rien comparé à ce que nos têtes et cœurs emmènent comme bagages : des images, des sons, des sensations, des émotions, des rencontres, des échanges, des idées, de la générosité, de la volonté, du courage et l’envie de revenir, vers ce pays, vers ces gens, vers cette vie.
Bien que compréhensible, elle nous semble inappropriée la morosité que nous avons parfois décelée chez Nazim, Kada ou Aissa ; eux qui pensent être si loin de leur but, nous ont donné une leçon de maître sur l’action citoyenne, ou comment la détermination et la patience peuvent changer la vie d’autrui et améliorer le vivre ensemble.
Durant nos échanges avec les associations, deux points communs se démarquent à chaque fois. Premier point, Le bon souvenir qu’ils gardent de leur évaluation à mi-parcours qu’ACDC avait délocalisée, durant le mois de Juin 2015, dans les locaux de La Grande Maison à Tlemcen. Bien qu’anecdotique, cela nous a fait plaisir. Second point et le plus impressionnant, le plus important, c’est l’impact que ce couple atypique – que forment Nazim et Samyla, a eu sur toutes ces associations. Les idées étaient là, l’énergie aussi. Ils ont apporté une méthodologie, un soutien logistique et moral, mais le grand plus aura été de les pousser vers une réflexion sur le sens de chaque action, donnant cohérence et force à l’ensemble.
Comme le confiait Farah : « Je n’aurais jamais pensé trouver une vie associative aussi florissante dans une si petite ville ». Mais si elle est si puissante, c’est qu’elle sait travailler en collaboration, en complémentarité. Et je ne sais pas s’ils auraient pu le faire sans ce lieu fédérant qu’est Souk Ennachtine.
Beni Abbes est une cité prodigieuse et ce dès sa fondation : Comme nous l’avait conté Kada, quand Sidi Mohammed Ben Abdessalam avait réuni les tribus rivales en fondant une nouvelle ville, il l’avait fait sous trois conditions : La première est qu’il choisirait le lieu, et on construisit Beni Abbes au milieu de la palmeraie, en osmose avec l’oasis nourricière. La deuxième est l’obligation de recevoir l’étranger, valeur qui subsiste : nous pouvons en témoigner. La troisième est qu’aucun différend ne doit survivre à la tombée de la nuit. Cette union coïncidait avec el Mawlid Ennabawi Echarif. Alors durant des siècles, ils profitent de cette date pour célébrer la naissance du Prophète (que la prière et le salut d'Allah soient sur lui), mais aussi celle de leur unification. Et fait extraordinaire, ils détournèrent tous les symboles belliqueux en de nouveaux emblèmes festifs. Tout ce qui pouvait séparer devenait prétexte au rassemblement. Une autre leçon pour toute l’Algérie…
« Avant, je ne m’intéressais pas au patrimoine, maintenant, je comprends qu’il faut le sauvegarder. Sinon, comment Tlemcen pourrait être Tlemcen ou Beni Abbes pourrait être Beni Abbes » philosophait Abdelkrim.
Notre bus arrive à Tlemcen. Les parents récupèrent leur progéniture. L’aventure se termine ? Non, loin de là…

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